« Dans un monde extrêmement standardisé, qui nous pousse à être sages et consensuels, il semble que l’on ait de plus en plus besoin de repenser l’utopie, l’idéal et aussi la démesure de l’artiste », lance Bruno Mantovani, à la tête du Printemps des Arts de Monte-Carlo.
La manifestation inaugure donc en 2026 un nouvel élan.
« Les instruments modernes comme la clarinette ou le piano, dans leurs formes actuelles, font partie de notre quotidien. Il nous semble naturel de les voir sur scène mais chacun d’eux a sa propre histoire, sa propre évolution. La question de leur naissance mais aussi de leur transformation au fil du temps est passionnante, de même que les rapports entre écriture et lutherie, car les compositeurs ne sont pas étrangers à l’évolution de l’organologie », poursuit le directeur artistique.
Repousser les limites, réinventer les sonorités
Les musiciens ont toujours cherché à faire éclater les conventions, dont celles liées aux instruments. « À l’opposé du divertissement qui est une notion fédératrice, l’art est par essence quelque chose d’inconfortable qui vise à nous élever, nous provoquer », pose Bruno Mantovani.
Figure captivante de la scène classique contemporaine, Jean-Frédéric Neuburger donne ainsi quatre concerts sur le thème du dépassement des instruments, dont deux avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, tandis que Claudine Simon explore la notion de décomposition au piano en lui impulsant des couleurs nouvelles.
Aller de Jean Sébastien Bach à l’accordéon
Cette 42e édition met à l’honneur des instruments dont les cordes ne sont pas métalliques mais en boyaux, ainsi que des lutheries récentes telles que les ondes Martenot avec leurs vibrations modulées*. Si on connaît le saxophone par le jazz, le virtuose Vincent David propose un répertoire avant-gardiste. La transcription et l’adaptation seront explorées largement, des Caprices pour violon de Paganini donnés dans des versions pianistiques élaborées par Robert Schumann ou Franz Liszt, à des œuvres de Jean-Sébastien Bach jouées à l’accordéon, attaché au bal populaire dans l’inconscient collectif.
Le festival valorisera le chant à travers deux opéras de chambre, une battle entre un ténor et un contre-ténor dans le répertoire de Vivaldi, et un spectacle collectif d’improvisation où les sonorités électroniques sont en osmose avec la voix. Et le directeur artistique d’expliquer : « Nous avons aussi invité des compositeurs à venir créer des pièces de petit format, à l’image de la Miniature que j’avais imaginée en 2004 pour les Ballets de Monte-Carlo, le festival étant lui-même vecteur de création. »
* Les ondes Martenot sont un instrument de musique électronique inventé par Maurice Martenot en 1928.


